samedi 16 septembre 2017

Chronique livre : « Adieu sans fin » - Wolfgang Hermann


Perdre son enfant alors qu’il n’a l’âge de la post-adolescence – celui du récit a 17 ans, le miens 19, pas si adulte encore, c’est mon lot, c’est mon fardeau. Les mots de Hermann sont les miens. Cet état de « non sens », de déséquilibre, de perte de repères est bien décrit. Ça ne fait pas moins mal de les lire, en fait ça fait encore plus mal. On ne s’en remet jamais. Il y a des matins, des après-midi où on a l’impression qu’on peut revivre, trouver à nouveau la vie invitante. Puis l’instant d’après, c’est encore la chute.


Très touchant ce récit…


dimanche 22 janvier 2017

Étincelle - Michèle Plomer

Prof en Chine, Michèle (c’est une auto-fiction) se lie d’amitié avec Song qui subira des brûlures sur 85% de son corps lors de l’explosion de son appartement en raison d’une fuite de gaz. Song qui ne cuisinait jamais se mettait à la préparation des denrées achetées pour un repas d’anniversaire pour Michèle lorsque l’explosion est survenue. Michèle avait décliné l’invitation pour être dans les bras de son amoureux chinois. Song le savait et en était heureuse pour elle. Mais Michèle sera torturée par les brûlures de la conscience… Song ne cuisinait jamais… Elle avait ouvert le gaz de la cuisinière pour cuire les aliments qui lui étaient destinés.

Ce livre avait été recommandé; je l’ai emprunté à la biblio ne sachant pas en quoi il retournait. Quand j’ai embarqué dans la lecture et que j’ai vu que j’y passerais les prochaines heures dans l’anti-chambre et la chambre d’un hôpital… moi qui ai passé les 2,5 années passées dans le même espace avec les mêmes préoccupations quant aux bactéries, le faible espace entre la vie et la mort… J’ai passé proche de le refermer… Mais bon, j’ai perduré et finalement… j’ai beaucoup aimé. Ça m’a fait réaliser aussi que pour ceux qui me connaissent, peut-être que mon histoire à moi avec mon fils pourrait également être perçue « comme du réchauffé »… Ça me fait peur. C’était une parenthèse…

L’écriture est magnifique. Il y a de la douceur, du respect et juste assez de mordant pour critiquer la Chine dont on voit bien que l’auteur porte un amour réel. On rencontre les balises fermes du parti qui font mal, mais également le cœur de certains Chinois. L’auteur nous explique que ce qui n’est pas « assez » pour nous, c’est déjà « trop » pour un Chinois qui est toujours tout en retenu. La rencontre de cette culture si différente nous est racontée avec ses failles et certaines de ses qualités. Parfois, ça pue, il fait chaud, on parle trop fort, il n’y a pas d’intimité, pas d’empathie… La liberté de penser est comparée à un glaçon placé sur la langue en bas âge. À l’âge adulte, on a même oublié à quoi ça peut servir. On se dit… Misère que ce n’est pas attirant ce pays de la Terre du milieu… Mais il y a aussi ces gens dévoués, l’infirmière Wang, les médecins, le père de Song qui se donne corps et âmes pour sa fille. Et on voit que l’humain ici et l’humain là-bas est en tous points semblables à certains égards. L’acceptation de Song pour sa condition, sa souffrance, nous laisse supposer une spiritualité sans le Dieu que je connais, mais somme toute présente.

J’ai lu dans un article de la Presse que Mme Plomer, Québécoise, est toujours en contact avec Song via Skype. http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201612/08/01-5049406-michele-plomer-retour-en-chine.php



samedi 11 juin 2016

"La femme qui fuit" - Anaïs Barbeau Lavalette

Quelle plume! Anaïs Barbeau-Lavalette nous raconte l’histoire de sa grand-mère avec poésie malgré un contenu fort dur. Suzanne Meloche, faisait partie du groupe du Refus Global, quoiqu’elle ait décidé à la dernière minute de ne pas ratifier le manifeste. Comme tout le monde, j’ai appris dans mes cours d’histoire le contexte historique du Refus Global de Paul-Émile Borduas. J’avais un regard fort positif de ce groupe qui a sorti le Québec de l’obscurantisme de Duplessis. Mais cette nouvelle vision plus individualiste attriste au plus haut point. Je n’aime pas cette Suzanne Meloche décrite par l’auteure. Elle a choisi la liberté d’une façon égoïste. Elle l’a fait pour être quelqu’un qui se démarque. Elle a quitté ses enfants en bas âge et a bourlingué. Or, je n’avais jamais entendu parler de Suzanne Meloche. En cherchant sur le net, rien. On aurait publié ses poèmes dernièrement, mais ceux écrits il y a 60 ans… Un artiste doit nous éclairer sur la vie, sur un contexte, nous faire réfléchir, avancer… Suzanne Meloche l’aura permis seulement par ricochet, en blessant si fortement sa progéniture que celle-ci a rebondi et a fait ce qu’elle n’a pas fait. Manon Barbeau et Anaïs Barbeau Lavalette ont davantage le titre d’artiste à mes yeux. J’ai terminé ce livre avec un goût amer, du mépris pour cette Suzanne Meloche, mais avec une réelle admiration pour Anaïs qui a été capable somme toute de mettre de l’amour entre les lignes.

Ce récit m’a fait remémorer « La Virevolte » de Nancy Huston. Cette auteure prolifique elle aussi abandonnée par sa mère pour vivre sa vie « libre » égoïste. Oui… préjugés. Je m’en confesse. Je suis une mère.

Écriture magistrale.


« LA PIPE D’OPPEN » - PAUL AUSTER

Je suis une inconditionnelle de Paul Auster. Il était là dans les étagères des « nouveautés » quand je suis allée à la bibliothèque.

J’ai aimé. J’ai aimé parce que ce recueil de chroniques m’a permis de mieux connaître cet auteur qui fait partie de mes favoris. C’est des chroniques sur ses auteurs-mentors produites pour des commandes de préfaces, conférences et autre. Il nous donne le goût de les connaître. Beaucoup de poètes, car Paul Auster aimait la poésie, la traduisait dans ses premières années d’écriture. Il nous raconte ses rencontres avec ces grands, rencontres directes ou par les lectures. C’est aussi des anecdotes, mais des anecdotes très riches. Le quotidien et le caractère non public de l’être. C’est intéressant… On se sent plus proches. Beckett, George Oppen, Hawthorne, Robbe-Grillet, Edgar Allan-Poe, Georges Perec, André du Bouchet, etc.

Jean-Paul Riopelle, le peintre, était également ami et a illustré un de ses livres. Paul Auster a habité dans les Laurentides au chalet du peintre. Intéressant de savoir que Paul Auster est venu quelques temps au Québec. J’aurais aimé voir ce que M. Riopelle a produit pour Paul Auster, mais je n’ai pas trouvé.


Tous ces géants sont morts, mais comme Paul Auster le mentionne, il les laisse entrer dans son bureau tous les matins lorsqu’il se met à l’écriture… C’est du Paul Auster. Inconditionnellement. 



dimanche 1 mai 2016

"Celle que vous croyez" Camille Laurens

Vieillir en tant que femme c’est aussi parfois accepter de faire mourir la réponse au désir charnel qui pose son point d’interrogation sur des mâles qui n’ont d’yeux que pour des qualités dont elle en est dépourvue. Or quand on se nourrit du désir et que la réponse est la honte, l’écriture qui était l’objet de ce désir meurt aussi. Ou bien l’écriture peut faire le choix de s’en nourrir pour faire revivre.

Camille, écrivain, se sert de sa propre histoire, et elle la marie à celle de Camille pour nourrir ce projet d’écriture qui s’avère être le constat de ce que la femme qui avance en âge : « l’homme murit, la femme vieillit ».
Ces femmes sont pensionnaires d’un institut psychiatrique depuis leur chute dans cette catégorie de femmes qui ont passé le cap de la jeunesse, 47 ans, plus de 50 ans… c’est une tare. Belles, intelligentes, cultivées, mais…
Claire/Camille s’est inventé une identité Facebook pour rentrer en contact. On peut tomber amoureux avec les mots, car les mots bâtissent un imaginaire. Elle fera effacer cette fausse Claire parce qu’elle a besoin du contact physique et ce sera sa fin quand Chris apprendra qu’elle a plus de 50 ans. Ce gars d’une quarantaine d’années, photographe, ne sert que le désir de Claire. Une personnalité narcissique qui manipule, vole, qui est égoïste… Il n’a pourtant rien d’un sujet intéressant. Toutefois, on comprend que Camille a besoin de vivre ce désir charnel pour se nourrir. La violence de cette claque qu’elle reçoit la plongera dans cet état catatonique. C’est de ce chalet qu’elle avait loué au bord de la mer pour vivre ce désir qu’on la retrouvera baignant dans son urine, défaite, abandonnée par cet être immonde. Puisque « L’amour c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un », elle réalise que l’amour n’est plus disponible pour elle.

Le psychiatre encouragera Camille à prendre en charge un groupe d’écriture pour l’inciter à reprendre la plume. Elle imaginera une autre histoire, plus douce, pour atténuer la douleur et pour revivre le désir mais en imagination. Elle mêle l’histoire de la nièce qui est tombée amoureuse du mari de Claire, qui est maintenant l’avatar de Camille sur Facebook, avec sa propre histoire. Une histoire enchevêtrée d’une autre et de l’imaginaire; c’est riche, c’est bien écrit, ça fait réfléchir et on peut se refuser de croire que ça arrive tout le temps! 

dimanche 24 janvier 2016

"Les maisons" - Fanny Britt

Terminé hier, Les maisons de Fanny Britt est son premier roman si j’ai cru bien lire. Elle est dans le théâtre habituellement. Cette femme m’interpelle, car je la sens proche si elle ressemble à la protagoniste. J’ai entendu cette chronique qu’elle a lue sur le deuil à la radio et j’ai eu un véritable coup de cœur. Elle a réellement perdu son frère. Elle a le mot qui va dans des profondeurs mais qui sait remonter rapidement pour nous donner un peu d’air, voire nous faire sourire malgré la souffrance.
Les maisons que l’on quitte pour retrouver du bonheur ailleurs. Un nouveau toit, un nouveau décor, une nouvelle vie. La maison est témoin de ces joies, ces peines qui deviendront des souvenirs. Les murs seront la nostalgie de celui ou celle qui en a imprégné sa personnalité en changeant les fenêtres, coloré les volets, mais qui les quitte. Tessa est devenue agent d’immeubles lorsque le deuxième enfant est devenu assez grand. Elle aurait pu être chanteuse, mais elle ne semble pas avoir la personnalité suffisamment ostentatoire. Tessa est une bonne deuxième. En se promenant dans les périodes passées de sa vie, on comprend qu’elle était moins populaire que sa « best » Sophie; elle était suffisamment talentueuse pour être acceptée au conservatoire de musique, mais sans la fougue qui la ferait se démarquer comme chanteuse lyrique; puis il y a eu Francis cet amour de jeunesse nourri par un imaginaire débordant mais dont on verra bien qu’elle ne représentait pas plus qu’une parmi d’autres… puisqu’il ne se souvient même pas de son prénom…  
Tessa baigne dans une vie tranquille avec Jim musicien à l’orchestre symphonique, homme d’amour sans condition, trois enfants. Une vie d’apparence parfaite, mais elle se meurt par en-dedans. Il manque de l’étincelle pour faire sauter la bombe qu’elle traîne dans son sein. Quand par hasard Francis rejaillit dans sa vie par l’intermédiaire de cette maison qu’elle doit vendre, Tessa voit poindre la possibilité de faire tout sauter. Enfin elle voit son rêve de vie passionnée proche de se réaliser.
Mais l’imaginaire est beaucoup moins solide qu’une maison habitée du quotidien. On peut changer de maison à multiples reprises, mais le décor qui habite notre tête et notre cœur demeure aussi longtemps qu’on le désire. C’est à nous d’en décider les couleurs, et non pas à la société qui en impose les nuances.



J’ai adoré ce roman… Plume superbement maniée. Ça se lit avec facilité malgré le verbe recherché. 

mercredi 6 janvier 2016

"Ceux qui restent" - Marie Laberge

Premier roman de l’année. Cadeau de Noël de Jean-Pierre et William. Marie Laberge, une de mes auteurs québécoises préférées. 


« Les humains lumineux qui endossent la totalité de leur vie, sans exceptions » (p. 392).

Tous ceux qui restent sont ceux dont les liens étaient tissés autours de Sylvain qui se suicide à l’âge de 29 ans. Il est intéressant de voir se développer l’altruisme entre ces personnages qui ne se côtoyaient pas avant l’événement. Ces personnages ont chacun leur caractère, leur personnalité propre et rien n’aurait pu les rapprocher tellement ils sont différents. Toutefois, il y a le noyau, Sylvain, qui attire ses électrons. On décèle l’importance des liens, le besoin de l’autre pour rester en vie. Sans liens, c’est la mort… : Muguette, Demi-Lune (la mère de Mélanie), voire Sylvain le personnage noyau. Blanche, grand-mère de Sylvain et mère de Vincent Côté, le père, mourra aussi, mais de vieillesse, une mort naturelle qui vient au bon moment pour elle, elle qui cultivait l’altruisme. Ce sont justement ces personnages « lumineux qui endossent la totalité de leur vie » qui nous attirent dans ce roman. À travers les liens qui se créent entre ces personnages, on voit tomber les préjugés un à un, à mesure qu’on voit l’humanité surgir dans chacun. Plusieurs années sont nécessaires pour se reconstruire après un tel cataclysme que crée le suicide d’un proche. Mais il y a une reconstruction possible avec l’aide de son prochain. C’est un roman qui fait du bien, même si ça traite de la mort.

Passages aimées :
·         « S’il fallait échapper à tout ce qui enlaidit la vie, à tout ce qui l’altère, la rend souffrante et surtout nous rappelle sa finitude, est-ce qu’on serait encore des êtres humains? Ou des béats hébétés et gras ravis de goinfrer d’une violence télévisée qui en aucun cas, ne devrait nous effleurer? » (p. 289).
·         « On doit agir avec le présent et dans le présent. Mais il n’est pas interdit de tirer des leçons du passé et d’essayer de se comparer avec plus de sagesse, grâce aux coups durs reçus. Ça s’appelle l’expérience. » (p. 319).

·         « Qu’est-ce que la sexualité quand on n’a plus rien à se dire, à rêver, à être? Rien ou si peu. De la musique pour une scène vide » (p. 392).