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samedi 29 août 2015

« TOUT CE QUE J’AIMAIS » - SIRI HUSTVEDT

Pourquoi ce titre « tout ce que j’aimais »… Ça évoque la perte. La vie qui avance qui ouvre des portes, mais qui les referme aussi. Ces espaces clos que sont les souvenirs, talismans, enfouis dans un tiroir. Léo est prisonnier de ses souvenirs. Les portes avec des histoires dans chacune de ces boîtes, c’est aussi les tableaux, les installations que Bill, son ami, créaient. Un jour, Léo a ouvert une porte et s’y est introduit sous l’invitation de Bill, et il a eu cette panique de se sentir enfermé. Mais dans sa vie, Léo s’est enfermé dans ses souvenirs. À l’aube de sa vieillesse, il vient de prendre sa retraite comme professeur, il sort la vieille dactylo, celle qui lui permet de taper plus facilement que sur un clavier d’ordinateur devant sa vue déclinante, il raconte « Tout ce qu’il aimait »…

·         Son fils Matt qui va mourir noyé alors qu’il est dans un camp de vacances. Il était avec Mark, les deux amis si différents. Matt était le fils unique. Il avait déjà un don de créateur, un talent artistique.
·         Sa femme Erica qui ne s’en remettra jamais et qui part sur la côte ouest y travailler, mais surtout pour se retrouver loin de tout ce qui peut lui rappeler son fils. Elle ne refera pas sa vie. Ils continueront à s’écrire, puis à se voir quinze jours par année. C’est ce qui reste de leur amour.
·         Son ami Bill, artiste, qui mourra jeune, trop jeune d’une crise cardiaque. Le cœur n’ayant pas pu résister aux tourments que lui créent son fils Mark, psychopathe, menteur, manipulateur, voleur, fainéant… qui n’a aucune espèce d’empathie.
·         Mark… cet enfant, il aurait voulu le sauver. Il lui donne une chambre dans son appartement pour qu’il vienne y créer. Mais Mark est un échec sur toute la ligne. C’est l’enfant brigand dès son jeune âge. Il a développé la stratégie de mentir pour se faire aimer.
·         Violet, la veuve de Bill, femme qu’il aime mais dont il n’aura pas l’amour, car elle est la femme de l’amour unique qu’elle a porté pour Bill. Elle partira d’ailleurs en France pour se sauver de son beau-fils Mark qu’elle a tant voulu aider, mais sans succès et dont elle a plutôt peur maintenant.
·         La vue. Dégénérescence maculaire. Il garde une vue périphérique, mais a perdu l’acuité. Il ne peut plus distinguer le détail, lui historien de l’art…


Je viens de découvrir une auteur. Femme de Paul Auster, Siri Hustvedt est de la même trempe. Quelle découverte. Un univers rempli. Une atmosphère. On y est. On veut y rester. Vite le prochain à lire… 

dimanche 8 février 2015

L'attrape-coeurs - J.D. Salinger

Un attrape-cœurs, c’est ce que Holden Caulfield veut faire plus tard, pas chirurgien ou violoncelliste, car il ne pourrait pas. Sa main est demeurée avec des séquelles à la suite d’un défoulement nécessaire en fracassant les vitres du garage. Il veut éviter que les « mômes » jouant dans le champ de seigle tombent en bas de la falaise, soit dans le monde des adultes, la vie sans rêve. Il veut attraper ces petits cœurs. Le siens, il est déjà au fond de la falaise. On n’a pas su l’attraper. Il est tombé quand son frère Allie est mort de la leucémie trois ans plus tôt. Allie, c’était son frère rouquin, plus intelligent, plus drôle, qui écrivait des poèmes sur son gant de baseball pour pouvoir les lire quand il était en attente sur le jeu. Il était à peine plus jeune que lui. C’était son frère, son complice.

Le roman reconstitue les quelques jours précédant l’internement de Caufield âgé de 17 ans, pour une psychanalyse, les trois jours où il a erré dans New-York juste avant Noël après s’être fait mettre dehors de son école, Percey, collège réputé. Ses parents vont le « tuer » quand ils vont savoir, comme dit sa petite sœur Phoebe qu’il adore. Holden a erré dans la ville, en plein hiver, le froid, sa casquette avec oreilles, les signes d’un rhume… s’est arrêté dans des hôtels sordides, dans des bars pas très recommandables… Mais à l’école aussi, il errait. Holden qui porte la cravate, qui est poli en tout temps, qui a de l’écoute, une grande sensibilité pour l’autre, est aussi un presto rempli de colère.

Écrit en 1951, ce roman est écrit de façon très contemporaine. C’est probablement pour cette raison et pour les thèmes peu courants pour cette époque qu’il a tellement choqué. C’est le désarroi de l’adolescent, le futur flou, les valeurs chrétiennes présentes, mais loin d’être ancrées et actualisées, puis des objectifs de fuite plutôt que de projets, une vie qui manque de sens. Le propre de l’adolescence, mais qui existait peu dans les années 50. C’est une période ici marquée par la tristesse de la perte du frère et l’éclatement de famille. Sa mère dépressive, son grand frère qui a délaissé l’écriture plus noble et parti vivre à Hollywood pour écrire des films.
                                    
Un dénouement qui s’ouvre sur une prise en charge. Ça rassure… Mais en même temps, je m’étonne qu’encore une fois, le diagnostic de la leucémie s’infiltre … Je n’avais pas idée avant de commencer ce classique.