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samedi 29 février 2020

"Conversations avec un enfant curieux" - Michel Tremblay



Un Michel Tremblay, c’est une source sûre. C’est un des derniers cadeaux que mon fils m’a offerts. Il me reste un dernier roman offert le même jour, la journée de mon anniversaire le 22 novembre 2016, le dernier passé avec mon fils. Je ne veux pas lire ce dernier livre tout de suite. Je le retarde. Je le regarde de temps à autre. La douleur est vive quand je fais juste lire la 4e de couverture. C’est le départ d’un fils. Je relis souvent cette 4e. Mais je me garde cette lecture quand mon cœur sera plus solide, s’il peut le devenir. Deux ans et demi après le départ de William, il n’est pas tant si plus solide. Mon cœur est d’une matière qui ne durcit pas on dirait. Il faut juste apprendre à se le laisser piétiner et apprivoiser la douleur qui vient avec. Mais bon, je reviens à « Conversations avec un enfant curieux »…
 
C’est du bonbon. C’est les questions incessantes de Michel, enfant. Il tape sur les nerfs de sa mère Nana, son père, sa tante, son maîtresse d’école Madame Karlie (qui a un nom de chien!) Pourquoi? Comment? Mais pourquoi? Le St-Esprit est une question qui revient sans cesse, c’est qui? C’est un homme? Une femme? Marie a trompé Joseph? Mais en guise de réponses : Faut juste croire, Michel. Arrête tes questions!

Je me suis vraiment amusé à lire les anecdotes de l’enfance de Michel Tremblay qui aimait mieux s’amuser avec des poupées découpées qu’on habillait avec les vêtements de toutes sortes qui tenaient avec les petits bouts repliés, qu’avec le garage rutilant offert à Noël mais dont il ne savait que faire. J’adorais aussi ces poupées! Michel, curieux, qui lit, qui veut devenir écrivain. J’ai adoré.


dimanche 22 janvier 2017

Étincelle - Michèle Plomer

Prof en Chine, Michèle (c’est une auto-fiction) se lie d’amitié avec Song qui subira des brûlures sur 85% de son corps lors de l’explosion de son appartement en raison d’une fuite de gaz. Song qui ne cuisinait jamais se mettait à la préparation des denrées achetées pour un repas d’anniversaire pour Michèle lorsque l’explosion est survenue. Michèle avait décliné l’invitation pour être dans les bras de son amoureux chinois. Song le savait et en était heureuse pour elle. Mais Michèle sera torturée par les brûlures de la conscience… Song ne cuisinait jamais… Elle avait ouvert le gaz de la cuisinière pour cuire les aliments qui lui étaient destinés.

Ce livre avait été recommandé; je l’ai emprunté à la biblio ne sachant pas en quoi il retournait. Quand j’ai embarqué dans la lecture et que j’ai vu que j’y passerais les prochaines heures dans l’anti-chambre et la chambre d’un hôpital… moi qui ai passé les 2,5 années passées dans le même espace avec les mêmes préoccupations quant aux bactéries, le faible espace entre la vie et la mort… J’ai passé proche de le refermer… Mais bon, j’ai perduré et finalement… j’ai beaucoup aimé. Ça m’a fait réaliser aussi que pour ceux qui me connaissent, peut-être que mon histoire à moi avec mon fils pourrait également être perçue « comme du réchauffé »… Ça me fait peur. C’était une parenthèse…

L’écriture est magnifique. Il y a de la douceur, du respect et juste assez de mordant pour critiquer la Chine dont on voit bien que l’auteur porte un amour réel. On rencontre les balises fermes du parti qui font mal, mais également le cœur de certains Chinois. L’auteur nous explique que ce qui n’est pas « assez » pour nous, c’est déjà « trop » pour un Chinois qui est toujours tout en retenu. La rencontre de cette culture si différente nous est racontée avec ses failles et certaines de ses qualités. Parfois, ça pue, il fait chaud, on parle trop fort, il n’y a pas d’intimité, pas d’empathie… La liberté de penser est comparée à un glaçon placé sur la langue en bas âge. À l’âge adulte, on a même oublié à quoi ça peut servir. On se dit… Misère que ce n’est pas attirant ce pays de la Terre du milieu… Mais il y a aussi ces gens dévoués, l’infirmière Wang, les médecins, le père de Song qui se donne corps et âmes pour sa fille. Et on voit que l’humain ici et l’humain là-bas est en tous points semblables à certains égards. L’acceptation de Song pour sa condition, sa souffrance, nous laisse supposer une spiritualité sans le Dieu que je connais, mais somme toute présente.

J’ai lu dans un article de la Presse que Mme Plomer, Québécoise, est toujours en contact avec Song via Skype. http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201612/08/01-5049406-michele-plomer-retour-en-chine.php



samedi 11 juin 2016

"La femme qui fuit" - Anaïs Barbeau Lavalette

Quelle plume! Anaïs Barbeau-Lavalette nous raconte l’histoire de sa grand-mère avec poésie malgré un contenu fort dur. Suzanne Meloche, faisait partie du groupe du Refus Global, quoiqu’elle ait décidé à la dernière minute de ne pas ratifier le manifeste. Comme tout le monde, j’ai appris dans mes cours d’histoire le contexte historique du Refus Global de Paul-Émile Borduas. J’avais un regard fort positif de ce groupe qui a sorti le Québec de l’obscurantisme de Duplessis. Mais cette nouvelle vision plus individualiste attriste au plus haut point. Je n’aime pas cette Suzanne Meloche décrite par l’auteure. Elle a choisi la liberté d’une façon égoïste. Elle l’a fait pour être quelqu’un qui se démarque. Elle a quitté ses enfants en bas âge et a bourlingué. Or, je n’avais jamais entendu parler de Suzanne Meloche. En cherchant sur le net, rien. On aurait publié ses poèmes dernièrement, mais ceux écrits il y a 60 ans… Un artiste doit nous éclairer sur la vie, sur un contexte, nous faire réfléchir, avancer… Suzanne Meloche l’aura permis seulement par ricochet, en blessant si fortement sa progéniture que celle-ci a rebondi et a fait ce qu’elle n’a pas fait. Manon Barbeau et Anaïs Barbeau Lavalette ont davantage le titre d’artiste à mes yeux. J’ai terminé ce livre avec un goût amer, du mépris pour cette Suzanne Meloche, mais avec une réelle admiration pour Anaïs qui a été capable somme toute de mettre de l’amour entre les lignes.

Ce récit m’a fait remémorer « La Virevolte » de Nancy Huston. Cette auteure prolifique elle aussi abandonnée par sa mère pour vivre sa vie « libre » égoïste. Oui… préjugés. Je m’en confesse. Je suis une mère.

Écriture magistrale.


dimanche 24 janvier 2016

"Les maisons" - Fanny Britt

Terminé hier, Les maisons de Fanny Britt est son premier roman si j’ai cru bien lire. Elle est dans le théâtre habituellement. Cette femme m’interpelle, car je la sens proche si elle ressemble à la protagoniste. J’ai entendu cette chronique qu’elle a lue sur le deuil à la radio et j’ai eu un véritable coup de cœur. Elle a réellement perdu son frère. Elle a le mot qui va dans des profondeurs mais qui sait remonter rapidement pour nous donner un peu d’air, voire nous faire sourire malgré la souffrance.
Les maisons que l’on quitte pour retrouver du bonheur ailleurs. Un nouveau toit, un nouveau décor, une nouvelle vie. La maison est témoin de ces joies, ces peines qui deviendront des souvenirs. Les murs seront la nostalgie de celui ou celle qui en a imprégné sa personnalité en changeant les fenêtres, coloré les volets, mais qui les quitte. Tessa est devenue agent d’immeubles lorsque le deuxième enfant est devenu assez grand. Elle aurait pu être chanteuse, mais elle ne semble pas avoir la personnalité suffisamment ostentatoire. Tessa est une bonne deuxième. En se promenant dans les périodes passées de sa vie, on comprend qu’elle était moins populaire que sa « best » Sophie; elle était suffisamment talentueuse pour être acceptée au conservatoire de musique, mais sans la fougue qui la ferait se démarquer comme chanteuse lyrique; puis il y a eu Francis cet amour de jeunesse nourri par un imaginaire débordant mais dont on verra bien qu’elle ne représentait pas plus qu’une parmi d’autres… puisqu’il ne se souvient même pas de son prénom…  
Tessa baigne dans une vie tranquille avec Jim musicien à l’orchestre symphonique, homme d’amour sans condition, trois enfants. Une vie d’apparence parfaite, mais elle se meurt par en-dedans. Il manque de l’étincelle pour faire sauter la bombe qu’elle traîne dans son sein. Quand par hasard Francis rejaillit dans sa vie par l’intermédiaire de cette maison qu’elle doit vendre, Tessa voit poindre la possibilité de faire tout sauter. Enfin elle voit son rêve de vie passionnée proche de se réaliser.
Mais l’imaginaire est beaucoup moins solide qu’une maison habitée du quotidien. On peut changer de maison à multiples reprises, mais le décor qui habite notre tête et notre cœur demeure aussi longtemps qu’on le désire. C’est à nous d’en décider les couleurs, et non pas à la société qui en impose les nuances.



J’ai adoré ce roman… Plume superbement maniée. Ça se lit avec facilité malgré le verbe recherché. 

mercredi 6 janvier 2016

"Ceux qui restent" - Marie Laberge

Premier roman de l’année. Cadeau de Noël de Jean-Pierre et William. Marie Laberge, une de mes auteurs québécoises préférées. 


« Les humains lumineux qui endossent la totalité de leur vie, sans exceptions » (p. 392).

Tous ceux qui restent sont ceux dont les liens étaient tissés autours de Sylvain qui se suicide à l’âge de 29 ans. Il est intéressant de voir se développer l’altruisme entre ces personnages qui ne se côtoyaient pas avant l’événement. Ces personnages ont chacun leur caractère, leur personnalité propre et rien n’aurait pu les rapprocher tellement ils sont différents. Toutefois, il y a le noyau, Sylvain, qui attire ses électrons. On décèle l’importance des liens, le besoin de l’autre pour rester en vie. Sans liens, c’est la mort… : Muguette, Demi-Lune (la mère de Mélanie), voire Sylvain le personnage noyau. Blanche, grand-mère de Sylvain et mère de Vincent Côté, le père, mourra aussi, mais de vieillesse, une mort naturelle qui vient au bon moment pour elle, elle qui cultivait l’altruisme. Ce sont justement ces personnages « lumineux qui endossent la totalité de leur vie » qui nous attirent dans ce roman. À travers les liens qui se créent entre ces personnages, on voit tomber les préjugés un à un, à mesure qu’on voit l’humanité surgir dans chacun. Plusieurs années sont nécessaires pour se reconstruire après un tel cataclysme que crée le suicide d’un proche. Mais il y a une reconstruction possible avec l’aide de son prochain. C’est un roman qui fait du bien, même si ça traite de la mort.

Passages aimées :
·         « S’il fallait échapper à tout ce qui enlaidit la vie, à tout ce qui l’altère, la rend souffrante et surtout nous rappelle sa finitude, est-ce qu’on serait encore des êtres humains? Ou des béats hébétés et gras ravis de goinfrer d’une violence télévisée qui en aucun cas, ne devrait nous effleurer? » (p. 289).
·         « On doit agir avec le présent et dans le présent. Mais il n’est pas interdit de tirer des leçons du passé et d’essayer de se comparer avec plus de sagesse, grâce aux coups durs reçus. Ça s’appelle l’expérience. » (p. 319).

·         « Qu’est-ce que la sexualité quand on n’a plus rien à se dire, à rêver, à être? Rien ou si peu. De la musique pour une scène vide » (p. 392).

dimanche 27 septembre 2015

« TOUTES CELLES QUE J’ÉTAIS » - ABLA FARHOUD


Quand j’ai lu « 5323 boul. Lévesque à St-Vincent-de-Paul »… et ce, dès les premières pages, j’ai fait : ha???? C’est près de chez moi ça!! Abla Farhoud, je ne la connaissais pas. J’ai lu son livre sous recommandation et, ma foi, je suis sous le charme. Je vais aller chercher ses autres romans, c’est certain.

Venue retrouvée son père au Canada, elle quitte avec sa famille le Liban à l’âge de six ans. C’est au début des années 50. Elle appelle son père « Bayé », papa en arabe. Autobiographie tirée de ses écrits de son enfance, Abla Farhoud raconte la vie de l’immigrante qui fera du Canada, le Québec, son pays. Pour elle, le français, c’est SA langue. Elle s’y met dès son arrivée. Elle en oubliera l’arabe. Dans ce récit, on vit avec elle son enfance, son adolescence jusqu’au départ à 20 ans pour le retour au bercail. On sait qu’elle reviendra, car Mme Farhoud habite ici, mais la tranche de vie s’arrête là. On a le goût de connaître la suite…

C’est sa passion pour le théâtre, la vie difficile de l’immigrante qui se sacrifie, non sans une certaine hargne, à la corvée de tenir le magasin 5-10-15¢ de son père! Elle doit arrêter l’école, elle qui aime tant apprendre. Mais c’était le lot de bien des jeunes de cette époque non? Ça m’a fait penser un peu à l’histoire de ma mère, car c’est un peu la même époque : le sacrifice pour la famille, pour être en mesure de voir aux besoins vitaux. L’adolescence n’existait pas. On passe de l’enfance à l’adulte avec des responsabilités très grandes déjà. Une vie bien différente, non pas seulement en raison des racines qui essaient de s’agripper quelque part mais dont la vie s’arrange pour décoller à tout bout de champ, mais également en raison de l’époque.

C’est de l’histoire, c’est de la culture, c’est la psychologie de celle qui n’était qu’une petite fille joyeuse au bonheur facile, mais qui par la suite doit s’adapter, se battre pour sa passion, et qui tend à sombrer devant les exigences de valeurs qui ne lui appartiennent plus tout à fait… Elle se fait avaler par les exigences des siens.

Le 5323 Lévesque n’existe plus. Je suis allée voir. C’est à l’endroit où il y a eu une banque Nationale lette et qui est maintenant vide que se tenait le magasin. Il a dû être détruit à la suite de l’incendie qui l’a ravagé avant le départ pour le Liban. Mais juste pour cette proximité, je me suis sentie proche de cette auteure que j’ai tout de suite aimée.




jeudi 20 août 2015

"Jimmy" - Jacques Poulin (1969)

Un classique... je n'avais jamais lu celui-ci de Jacques Poulin. Je me sentais un peu dans l'écriture de Réjean Ducharme. J'ai aimé beaucoup. J'ai relu une deuxième fois aussitôt la dernière phrase lue pour m'assurer d'avoir compris les nuances, les ellipses qui prennent sens au fil de la lecture.



dimanche 12 juillet 2015

"Métis Beach" - Claudine Bourbonnais


La rédemption. On veut racheter ses fautes, on veut les justifier pour en atténuer la portée ou juste pour expliquer qu’il y avait une raison. Mais qu’au bout du compte, le but n’était pas de faire de mal. C’est ce que fait Romain Carrier, né à Métis Beach et qui s’exilera aux États-Unis pendant 40 ans, telle une fuite vers New-York, puis vers L.A. sous Roman Carr, pour revenir aussi dans ce même élan vers sa ville native devenue Métis-sur-Mer. C’est au bord de la mer du bas St-Laurent qu’il écrit le récit de sa vie pour expliquer à son fils les raisons.


Tel l’oiseau qui plonge pour s’emparer d’un poisson plutôt que l’autre caché par la vague, Romain explique que s’il n’y avait pas eu cette vague, le déroulement de sa vie aurait peut-être été tout autre.

Métis Beach, je connais, j’y vais courir parfois avec mon amoureux. C’est toujours impressionnant de voir ces maisons de style « Nouvelle-Angleterre » sur le bord du fleuve entre Rimouski et Matane. De grosses maisons dont certaines sont encore placardées l’hiver et ré-ouverte seulement l’été. Tout comme dans les années 50, moment où les riches Anglais venaient y passer l’été avec les enfants.
 
À l’époque, les Canadiens-français étaient plutôt les hommes à tout faire et les domestiques des Anglais. Or Romain Carrier et Gail ont fait l’amour alors que Gail était « promise » à un riche Anglais. Le père a traité le gamin de violeur et c’est la vague déferlante qui a mené sa fuite aux États-Unis.

À travers ce roman, on vit la naissance du féminisme, la guerre du Vietnam et les manifestations anti-guerre, la fausse moralité des Américains, le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak. On voit surtout l’évolution des mentalités et leurs contradictions chez nos voisins US. Les mêmes qui s’insurgeait contre la guerre du Vietnam se rallient pour la guerre en Irak; les pro-vies pour la peine de mort…


Claudine Bourbonnais met en image le propos. Je me voyais à New-York, à L.A., à Métis. Elle a une superbe plume et un sens certain du récit. Ça pourrait être un film. Je me suis laissée transporter par la vague et ça me donne le goût de retourner faire un tour à Métis!

samedi 11 juillet 2015

Ce qu'il reste de moi - Monique Proulx


C'est Montréal. C'est Montréal à travers différents personnages qui ont tous un lien familial ou autre. Belles réflexions sur la vision individuelle selon le milieu, la culture, la religion et... le temps. Car tout commence avec la venue de Jeanne-Mance et Pierre Chomedey sieur de Maisonneuve. 




mercredi 20 mai 2015

« BLUES NÈGRE DANS UNE CHAMBRE ROSE » - JENNIFER TREMBLAY

C’est court. Le format est intéressant, c’est des lettres. Des lettres qui, de surcroît iront se faire brûler en même temps que la chambre sera repeinte, dans l’espoir qu’un nouveau chapitre s’écrire. Fanny est auteur et interprète. Elle a rencontré son amant lors d’un concert. Bobo est célèbre. Elle peint sa chambre en rose. Une nouvelle vie débute. Il l’aime à sa façon. Elle, elle est plutôt intoxiquée. Elle l’attend, le cherche, le rejoint. Il est heureux de la voir, mais il ne s’engagera pas. Elle le sait, mais c’est comme de la drogue. Plume intéressante.


vendredi 8 mai 2015

"La ballade d'Ali Baba" - Catherine Mavrikakis

Le père absent. Le père sans compromis, qui n’a rien voulu manquer de sa vie, donc s’il faut que les enfants passent en deuxième, sa femme en troisième… Il répète la recette de son propre père qui avait abandonné femme et enfants à un port de la Grèce en leur signalant qu’il irait les rejoindre à Alger. Petit garçon, il a compris qu’il était maître à bord, d’autant plus que sa mère est morte assez tôt. Les parents sont facultatifs en occultant probablement le manque qu’il ressentait déjà à le voir ainsi courir après le jeu, les femmes, les voyages.

Mais notre protagoniste vivra à fond ce père manquant. Elle le fait revivre en se le rappelant à travers des escapades, des bribes de jeunesse : un voyage à Key West « pour voir la mer », à Vegas « pour qu’il puisse avoir l’air vulnérable auprès de ses comparses joueurs ».

C’est un va-et-vient dans le temps. Elle fait même sortir « le temps de ses gonds » - Shakespeare. Elle fait renaître son père de la mort. Dans cet univers imaginé, la protagoniste répond à la demande son père d’aller propager ses cendres dans la mer. Elle le retourne dans l’océan, ses origines méditerranéennes. L’amour filial étant plus grand que tout, le temps ne l’estompe pas puisque le temps est toujours là, il sort de ses gonds. C’est comme si pour la dernière fois, elle répondait à ses caprices.


C. Mavrikakis a eu ce passé trouble avec son propre père, je l’ai entendu dans une entrevue à la télé. Courts chapitres indépendants. Des bulles qui rappellent un souvenir, un moment pas si lointain ou un espace imaginé. On s’attache à tous les personnages, même le père. On plaint la mère. On aime les personnages. L’écriture est magnifique. 4/5.

dimanche 22 mars 2015

« JAVOTTE » - SIMON BOULERICE

Javotte Tremaine peignait les ongles de ses très grands pieds appuyé sur le tableau de bord quand son père a perdu le contrôle du véhicule. Il voulait la faire rire… mais cette fois-ci, il a raté son coup. Javotte est une adolescente de 16 ans, finissante au secondaire V. On la qualifierait d’un peu… « perturbée ». Mais n’est-ce pas le propre de bien des adolescentes? Vouloir à tout prix être différent, se trouver original…

Simon Boulerice a une superbe plume. C’est coloré, c’est d’une imagination joufflue. À ce titre, Bravo à l’auteur. Ma réserve c’est plutôt au niveau du contenu. Une adolescente pas très jolie, méchante, en compétition avec la « trop jolie » Carolane, c’est une révision de Cendrillon avec les méchantes belles-soeurs campées dans une école secondaire d’aujourd’hui. Il y a aussi un peu de « Blanche Neige », car tout comme la méchante reine, Javotte se regarde et tente de se faire raconter qu’elle a bien quelque chose de beau chez elle. Beaucoup de miroirs dans cette histoire. Javotte s’analyse, se scrute, réalise qu’elle est le portrait de sa mère pas plus gentille qu’elle. Époque du selfie. Mais aussi le monde d'une jeunesse (jeunesse qui s'éternise parfois) qui s’évalue à travers l’apparence. Bref, j’ai trouvé que le contenu ne me rejoignait pas vraiment. C’est les hormones de l’adolescente qui est obsédée par le sexe, sa découverte, l’obsession envers « le » gars de l’école. Un contenu qui intéressera peut-être un public… disons plus jeune, voire adolescent? 

samedi 28 février 2015

"Le vent dans le dos" - Natalie Jean

Un coup de coeur!



Un recueil de nouvelles dont chacune ne se termine pas en l’habituelle chute mais plutôt en une envolée vers le ciel. « Le vent dans le dos », certes! Comme lorsqu’on court ou pédale avec l’impression de voler. Habituée aux nouvelles qui font mal lorsque tombe le point final, anticipation jusqu’au dernier paragraphe, car je ne suis tellement pas habituée de me retrouver le sourire aux lèvres après chacune de ces nouvelles qui insuffle du bonheur… Ça fait… du bien!!

Écrit d’une plume étonnante qui dessine plus que n’écrit, car les images suscitées sont là devant nos yeux tellement le décor où se meuvent ces personnages est bien décrit. Le français québécois est écrit joliment avec « djobe », « timhortonne » et fait sourire. Il y a des perles sur le thème du temps qui passe : « […] J’avais l’âge où l’on croit que la vie n’est qu’un brouillon qu’on pourra recommencer. Les heures, les années étaient longues… » (p. 34). «  […] je ne t’aime plus depuis si longtemps.. […] Mais connaît-on jamais la longueur exacte des secondes des autres? ». Ce qui m’a fait sourire : J’ai maintenant un vocabulaire plus esthétique des partitions qui séparent les bureaux… Des cloisons en tricot synthétique qui délimite les hypersensibles aux frontières (dans « Satisfaction »).


Les différents personnages, dont je situe l’âge d’après moi fin trentaine, début quarantaine pour la plupart, ont cette soif de tranquillité, de silence, de solitude et d’amour seulement si cet amour respecte ce terrain de jeu. On quitte, on se fait quitter, on est en couple, mais le ou les protagonistes y gagnent toujours. On est heureux dans ces nouvelles! Ça change du discours morose omniprésent!!

Ce matin, j’ai lu, j’ai profité de la vie, « j’ai regardé la lumière »… ça ressemble au bonheur de l’auteur si elle transpose ici dans ce recueil sa propre définition du bonheur. C’est le miens aussi, « je n’ai pas le paradis compliqué » comme elle le dit si bien… donc j’ai goûté au bonheur si bien que ça me donne juste le goût d’aller courir …Le vent dans le dos! 

5/5 



mardi 24 juin 2014

L'Orangeraie - Larry Tremblay

L’Orangeraie de Larry Tremblay, tout petit roman mais chargée comme la ceinture que portera Azziz, enfant de 9 ans, transformé en kamikaze. La haine d’un père, qui a perdu son fils dans une de ces guerres du Moyen-Orient, transférée à celui des jumeaux Azziz et Amed dont les jeux sont au départ ceux d’enfants… sous le soleil où murissent des oranges. Comment la haine peut-elle devenir plus forte que l’amour porté à son fils? Comment la fierté tirée du sacrifice d’un fils peut s’avérer un baume…au point de faire la fête?


Car la conséquence, c’est aussi le chagrin de la perte d’un frère, Azziz atteint d’un cancer incurable. Azziz prend la place de Amed qui ne veut pas mourir. L’amour de la mère qui fait le dur choix de l’un de ses deux enfants. Mais Amed ne s’en tirera pas indemne; il entendra désormais les voix des enfants morts sous la bombe que portait Azziz, à qui on avait menti en lui disant qu’il ne mourrait pas en vain, mais bien pour anéantir un groupe de « chiens » ennemis. Amed prend l’identité de son frère au départ pour tromper, mais il mettra la vérité devant les yeux de son père qui le reniera, car la fierté est plus grande que l’amour pour les siens. C’est en Amérique que Amed devra continuer sa vie. Il voudra faire parler les voix qui scandent les bruits de l’enfance et de la guerre dans sa tête; il le fera par le théâtre pour ne pas devenir fou… Percutant. La guerre, la haine, beaucoup plus fort que l’amour. Roman qui ébranle. Admirablement écrit. Je donne un 5/5. 

samedi 12 octobre 2013

Man - Kim Thuy

C'est un roman qui se déguste, qui se lit lentement. Chaque court chapitre, au plus 2 ou 3 pages, est comme un poème. On goûte la cuisine vietnamienne, on hume le fruit, on ressent l'ambiance tout en retenu et... on vit les obligations d'une tradition figée dans le temps. Un mariage arrangé avec un asiatique immigré à Montréal. La vie de famille est abordée comme un décor seulement. La mère adoptive qui est là comme balises de la tradition. C'est du ressenti qui est ici partagé. Mais ce frottement avec la vie québécoises, la copine Julie qui ose, qui embrasse, qui vit goulûment pousse la narratrice à se dépasser. Le restaurant grandit, il y a les formations à l'étranger, puis il y a la rencontre avec Luc à Toronto. Pour la narratrice, c'est la "catastrophe". Mais... plus la vie suit son court rectiligne, plus le langage intérieur, celui qui vient du corps, du coeur et qui tasse la tête et les conventions de côté, crie fort et plus la catastrophe s'atténue et l'invite se fait pressante.
À lire lentement... Kim Thuy a quelque chose d'enchanteur.

mercredi 18 septembre 2013

La fiancée américaine

C'est la démonstration de la théorie des "six degrés de séparation" ou la théorie des "6 poignées de main", voire même un degré encore plus serré de séparation, car certains signes voyagent, s'accouplent et perdurent... La tache de naissance en "clé de fa", les yeux sarcelles, le diabète, la Tosca qui fait résonance, ils les partagent et parfois sans le savoir. Éric Dupont raconte des histoires horizontales et verticales, on part de Rivière-du-Loup, on va à New-York, en Allemagne, et ce, des années 40 à aujourd'hui. Madeleine grand-mère, mère et fille. Magda en Allemagne. On fait mourir, naître et survivre avec la grand-mère qui ne mourra pratiquement jamais. Ce brin de surnaturel nous laisse accepter tant de hasard. On est tenu en haleine par toutes ces histoires qui se tissent entre elles. 
J'ai adoré!




samedi 25 février 2012

Jocelyne Saucier - Il pleuvait des oiseaux



Je commence par ceci : C’EST UN ROMAN REMARQUABLE. Le narrateur donne la voix aux visiteurs de ces personnes âgées qui ont décidé de vivre librement. Trois vieux, de plus de 85 ans, qui ont fait le choix de se donner un dernier chapître de leur vie sans barrière. Leur identité n’est plus très importante. Trois hommes qui vivent en forêt dans leur cabane respective, avec pour colocataire, un animal de compagnie. Ils vivent au gré de la nature dans laquelle nous sommes complètement imprégnées. Que le nécessaire, sans plus. Même si la rudesse de l’hiver, habituellement rebutante pour moi en tout cas si j’étais prise en forêt, pour eux, ça va de soi et ça en vaut le coût. Puis il y a la petite boîte en fer blanc sur l’étagère qui donne accès à la porte du ciel si un des leurs décidait qu’il en avait assez, en donnant l’exemple d’incapacités physiques à vivre dans le paradis terrestre.

« Il pleuvait des oiseaux » quand les grands feux ont fait rage en Ontario au début du 20e siècle. Boychuck était alors enfant et il a marché pendant des jours dans le marasme de ce désastre qui lui a fait pourtant rencontrer les jumelles Polson, beautés qu’ils l’habiteront pendant toute sa vie. Dans sa cabane, Boychuck peint l’incendie, peint les amours de sa vie.

La photographe, dont je ne suis pas certaine qu’on ait prononcé son nom dans le roman, part à la recherche de ce Boychuck voulant faire le reportage de cet enfant qui a marché à travers l’incendie et a croisé une kyrielle d’individus qui en ont forgé leur histoire personnelle. Elle fera la rencontre en forêt de la communauté du lac : Charlie et Tom. Boychuck vient de mourir. Elle s’imprègne de ces vies, faute d’en avoir une.

Puis Bruno, ami de la communauté et de Steeve tenancier du bar du village, dont la forêt est aussi son coin de jardinage en guise de gagne-pain, y amènera Marie-Desneige, sa tante qu’on vient de découvrir, sœur de son père décédé. Internée toute sa vie sous des motifs qui datent d’un autre siècle, elle aussi aura sa seconde vie dans la forêt. Charlie débutera un nouveau chapître de sa vie en forêt avec Marie-Desneige.

Un portrait de la vieillesse tout en douceur. Où la vie revêt un caractère si loin de nos impératifs. Ça nous donne presque le goût d’aller s’isoler loin, loin et goûter à cette liberté.

Une écriture remarquable. Bravo Jocelyne Saucier, vous m’avez fait passer un moment ressourçant. 

dimanche 22 janvier 2012

La traversée du continent - Michel Tremblay



C'est un voyage certes à travers le Canada, mais également à travers les yeux d'une fillette, qui en fait porte le nom de la mère de Michel Tremblay, qui découvre le monde des adultes, leurs travers, leurs défauts, les préjugés des uns, mais également leurs secrets qui les rendent bien singuliers. La fin est douloureuse, car c'est la fin d'une enfance qui s'inscrit à l'arrivée à Montréal... J'ai adoré. Ce livre m'a donné le goût de retourner aux chroniques du Plateau Mont-Royal.

jeudi 12 janvier 2012

Éric Dupont- Bestiaire Je le classe 10/10!



Chapîtres découpés en timbre poste – car le désir de partir loin, de lâcher prise sur la barre haute des barres asymétriques, image tirée de l’enfance de ces jeux de Montréal de 1976, est inhérent à ce MAGNIFIQUE et dérangeant roman. On est parmi les séparatistes déchus du lendemain du référendum, on parle de Cadbury parti s’installer loin du Québec, on cite Harmonium, Jacques Brel dont Henri VIII chante jusqu’à plus soif (il boit) et dont Éric D ne peut plus entendre maintenant une parole… Il préfère Elvis.

Éric Dupont signe ici une autobiographie, car on le sait au moment où il cite ce qu’il écrirait sur sa pierre tombale, ici-gît Éric Dupont vergeblish – déf : en vain. Il retourne « au grand dérangement » comme il l’appelle, moment de la séparation de son père (la barre haute) et de sa mère (la barre basse) au moment des jeux Olympiques de Montréal et du déménagement. Il a alors 6 ans. Il devra vivre sous le « règne » de son père qu’il nomme ici Henri VIII et de ses nombreuses femmes toutes affublées d’un nom de reine et sous de nombreux « édits » - lire « règles » dont une – ne jamais prononcer le nom ou tout ce qui se réfère à sa mère. Il fera également une croix sur l’amour. Car aucune marque de tendresse ne jalonnera cette enfance où le père intervient seulement pour donner des leçons – pas de violence – juste aucune tendresse, jamais. Par chance qu’il a sa sœur avec qui il se pratiquera à retrouver le rire sonore de la mère, car on ne peut quand même pas l’empêcher de rire… d’autant plus que ça peut faire croire qu’il est heureux dans cette chaumière de Matane.

Une leçon consiste à prendre ses responsabilités par l’intermédiaire de l’élevage de poules achetées par Henri VIII. Éric D verra chacune de ses poules comme ses collègues de classe, tous plus méchants les uns que les autres, mais avec cette hiérarchie retrouvée au sein de tout groupe social. Il les regarde se picosser, voire se tuer, avec les même desseins.
Rivière-du-Loup, ville natale, c’est les nombreux petits tremblements de terre. C’est un de ces petits tremblements qui empêchera la mère – nommée « Catherien D’Aragon », reine triste ayant été laissée pour compte – de se jetter dans le fleuve à bord de sa Renault 5 lorsqu’elle réalisera que Henri VIII est parti avec les enfants. Ces secousses sismiques, Éric D. les ressents dans son corps encore aujourd’hui à intervalles de 1,82 jour ou 200 fois par année, sauf lorsqu’il s’envole vers des ailleurs.

Il y a un peu de Ducharme dans ce roman et aussi du Petit Prince. La langue est maniée finement, justesse et images marquantes. Il fait parler le Grand Duc d’Amérique – qui lui permettra de s’envoler s’il récite un poème de Beaudelaire – passage magnifique. Il fait référence à ces humains en complet gris qui ne mangent pas de desserts et qui écrivent des formulaires pour Revenu Québec. Il s’adresse directement à nous lecteur.

C’est un roman que je classe parmi les meilleurs que j’ai lus. Merci Éric Dupont.